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Posted on 10 février 2019 by draktus on Words

Lendemain de Victoires de la Musique

« Je rêvais d’un autre monde, revendiquait Téléphone. (…) Vian, Férré, Brassens, mais aussi, plus récemment, Renaud et Balavoine ont fait de même. Mais que chantent les artistes aujourd’hui ? Un rapide coup d’œil sur le classement des ventes de disques permet de constater le peu d’engagement des textes portés par des interprètes qui, pour beaucoup, ne savent plus parler que d’eux mêmes et de leur quotidien. Ils évoquent leurs amours, le goût du voyage, le sens de la fête, les rappeurs répètent à l’envi que c’est dur la vie, mais presque plus aucun chanteur populaire n’ose égratigner les instances politiques ou l’obscénité de la société du profit et de la surconsommation imposée.
Certains d’entre eux sont tentés sans doute, mais comment faire lorsqu’il est nécéssaire, pour exister et vendre des disques, de se soumettre aux stratégies mercantiles de maisons de disques désormais gérées par des financiers qui n’entravent rien à une partition et qui sont précisément des rouages de ce système politico-économique ? La chanson, qui est un art (mineur peut-être), est fabriquée par des artisans. Alors pourquoi parle-t-on aujourd’hui à son sujet d’“industrie musicale » et non d’“artisanat musical » ? Parce que tout s’y passe comme dans une usine : on fabrique un produit, en investissant un minimum et en cherchant la rentabilité immédiate. Et si les ventes ne suivent pas, on jette le produit et on passe à un autre. C’est aussi cela, la société du bonheur ultralibéral : un art censuré parce qu’il est soumis au marché et aux sponsors. »

Aymeric Caron, Utopia XXI

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